- Biographie -
Premiers accords dans une église, une formation musicale classique. Puis c'est la découverte du jazz, de sa liberté et de ses impros envoûtantes. Une soif d'apprendre qui prend de l'ampleur avec l'exceptionnelle intensité de l'expression musicale traditionnelle en Bretagne. Un style unique, original, mêlant des sons aussi lointains dans l'espace et le temps que proches dans le cœur des hommes. Des rencontres enrichissantes, des projets magistraux, un foisonnement de créations et d'idées. Portrait d'un artiste qui n'a pas fini de nous surprendre...
[9 ans, les premiers accords] [18 ans, découverte de Bill Evans] [le déclic de l'Héritage des Celtes] [la Bretagne, le piano et la mer] [une renommée grandissante]
[ 9   A N S ,   L E S   P R E M I E R S   A C C O R D S ] mis à jour le 23/12/04
Squiban, un nom commun dans le Nord-Finistère. Squiban, un moucheron (en breton) qui s'accroche aux goémons depuis trois générations. Car tout a commencé sur une île... L'île Molène. Peut-être que ce détail exotique n'est pas anodin pour la suite. Allez savoir... Toujours est-il qu'une famille a émigré sur le continent, à Portsall très précisément. Portsall, un endroit qui porte bien son nom. Rappelez-vous: l'Amoco Cadiz, l'horreur du mazout, la senteur de la mort... Mais en 1959, on n'y était pas encore! Et cette année-là, le 23 septembre, naquit à St-Renan Didier Squiban.

C'est à neuf ans que Didier posa pour la première fois ses doigts sur des touches noires & blanches. Son professeur de musique? Monsieur le curé. Sa salle de travail? L'église de Ploudalmézeau!
Très vite, le curé lui présente un vrai professeur de musique: Pierre-Yves Moign. Il faut dire que le hasard avait bien fait les choses car à peine était-il initié à l'instrument qu'un véritable piano à queue lui fût offert. Une anecdote amusante, que Didier aime souvent rappeler aux journalistes...
Son oncle possédait une boite de nuit à Ploudalmézeau. Il recevait des invités prestigieux. Un jour, Claude François vint. La fiche technique du spectacle exigeait un... piano à queue. Très professionnel, l'oncle acheta la bête. Mais très désagréable, Cloclo l'envoya ballader et lui préféra son organiste. Le tonton avait vaguement entendu que le neveu apprenait la musique, il lui refourgua donc le piano! Le futur artiste pouvait se mettre au travail...
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Au lycée, Didier ne trouve pas vraiment sa voie: il y passe quatre années et cotoie aussi bien les littéraires, que les férus d'économie ou de technique pour finalement se retrouver en terminale D, sciences naturelles.

C'est plutôt en fac qu'il trouve ce qu'il cherche: la musicologie. Etudes à Brest, Rennes puis Paris. N'oublions pas que depuis Mr Le Curé, il se forme au piano classique. Les cours s'enchaînent, les heures de travail aussi.

En 1977, Didier découvre Bill Evans et le jazz. Dès lors, il s'initie seul au jazz, à l'improvisation. Autodidacte à 50%, ses références vont des célèbres Duke Elligton, Keith Jarett et Bill Evans au classiques et non moins connus Debussy, Satie ou encore Gould. A vingt-deux ans, il prend la tête de multiples formations telles Jazz Forum, Mescal ou Sirius. Les rencontres avec des artistes bretons (John Surman, Toots Thielemans, Eric Barret) l'enrichissent. Sirius, orchestre de jazz régional, est une formation brillante. Malheureusement, faute de moyens, l'aventure s'arrête là. En 88, il obtient l'agrégation. Agrégé de musicologie, diplômé du conservatoire d'Etat, spécialiste de l'improvisation, de l'harmonisation et de la variation, il devient tout d'abord professeur de l'Education Nationale.

Didier Squiban veut vivre de sa musique, il démissionne de son poste en 1991 après avoir réalisé l'album “Tendances”, une auto-production. Le premier morceau de ce disque s'intitule Glen, en hommage à son deuxième fils qui venait de naître un mois auparavant et qui était présent dans le studio d'enregistrement. Amoureux de la Bretagne, Squiban n'est pas insensible à sa forte culture musicale. Il emprunte aussi à la musique traditionnelle celtique. C'est ce triplet jazz/classique/celtique qui va définir son style, sa touche personnelle.
Bill Evans (1929-1980)
Pianiste de jazz américain à ne pas confondre avec le saxophoniste, plus connu, du même nom. Il renouvela le langage du piano par ses audaces harmoniques et rythmiques Il a fait avancer le jazz moderne dans la direction de la musique classique. Squiban affirme avoir 80 disques rien que de lui. C'est SA référence absolue. Keith Jarett aussi a beaucoup appris de lui. Glenn Gould le surnommait “le Scriabine du jazz”.
Bach (1685-1750)
Bach est un de ces rares compositeurs dont le génie ne peut être égalé même approximativement et de quelque fašon que ce soit. Il était le maître suprême du contrepoint, de la fugue, de l'écriture vocale, de la composition de chambre, du répertoire pour intrument solo... la liste est sans fin. Ses Passions sont, sans contredit, les plus grandes compositions créées pour un ensemble de voix et orchestre. Ses oeuvres pour instrument solo (violon, violoncelle) sont d'une telle beauté et d'une forme tellement parfaite que leurs secrets n'ont jamais été totalement découverts, même pas par les plus grands virtuoses de ces instruments. Ses oeuvres pour clavier, les Variations Goldberg et le Clavier bien tempéré, entre autres, révèlent une habileté insurpassée de combiner une structure musicale compliquée avec une pure force spirituelle.
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C'est en 1993 que Didier décide d'apporter sa contribution à la culture musicale en Bretagne. Le déclic, c'est la tournée Héritage des Celtes avec son célèbre instigateur Dan Ar Braz. Celui-ci est un fédérateur d'artistes bretons, il aime rassembler pour faire jouer ensemble des grands chanteurs ou musiciens imprégnés de musiques et chants traditionnels. Déjà fort d'une première expérience avec l'accordéoniste Alain Trévarin, Squiban entre officiellement dans le paysage musical breton.

Lors de la première scène sous la direction de Dan Ar Braz, il fait une rencontre décisive pour la suite: Yann-Fañch Kemener, chanteur à la voix si subtile et délicate. C'est le coup de foudre! Le duo Kemener/Squiban fût un succès et l'Héritage des Celtes un tremplin vers la gloire. Dès lors, Didier enregistre trois disques avec Yann-Fañch (“Enez Eusa” en 95, “Ile-Exil” en 96 et “Kimiad” en 98). Chacun des trois opus sera couvert de récompenses toutes plus prestigieuses les unes que les autres.

Tout était fait pour marcher car juste avant que ne se produise le déclic, Didier devient ami d'un passionné de jazz, Gilles Lozac'hmeur, qui est aussi producteur de disques bretons. L'artiste a désormais sa maison de disque: Loz Production.

Yann-Fañch Kemener lui apporte des bases essentielles et l'encourage très fortement à poursuivre dans son style, à présenter la musique traditionnelle comme il le fait si bien, mâtinée d'impros jazz et de romantisme classique. Dans cet esprit, Squiban créé le collectif An Tour Tan regroupant ainsi autour de lui les plus grands instrumentistes de la musique bretonne contemporaine: Jean-Michel Veillon, Dan Ar Braz, Manu Lann-Huel, Gilles Le Bigot, Alain Genty, Jean-Louis Le Vallégant, Ronan Le Bars, Eric Le Lann, Jean Chevalier. Cette grande formation sort son premier album, composé par Squiban, à l'occasion de la fête maritime Brest 96. “Pen-Ar-Bed” est la musique officielle de l'événement cher aux amoureux de la mer et des bateaux.
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Après toute cette agitation, Squiban décide de s'exiler sur une île, l'île Molène. Il embarque à bord du bateau Enez-Eussa de la compagnie Penn Ar Bed avec... son piano à queue. Là, il prend place dans l'église afin d'exploiter l'acoustique exceptionnelle du monument, mais aussi et surtout afin de trouver l'inspiration: seul sur un roc battu par les vagues et les vents, l'artiste est réceptif à la Bretagne, il est en osmose avec elle. Dans ses doigts d'où vont naître des mélodies s'infiltrent la terre et la mer avec une pureté et une authenticité inégalable ailleurs. Un album naît. “Molène” est composé de dix-huit titres et rend hommage à la Bretagne et aux bretons. Dix-huit titres où le pianiste improvise superbement sur des thèmes traditionnels du Barzaz-Breiz et sur des danses, tout en citant Debussy et le jazz de Bill Evans. C'est la consécration. Les récompenses arrivent de partout: Grand Prix du Disque en Bretagne 1998, Prix Coop Breizh 1998, ... Les ventes s'affolent. Rien que sur l'île Molène, pour 280 habitants, le disque s'écoule à plus de 300 exemplaires!

Ce que Squiban aime dans la musique bretonne, ce sont les mélodies; et dans celles-ci, il a un faible pour les gwerz car elles sont libres, sans rythme. Pourtant il s'est mis plus tard à la gavotte, à la ridée où là il y a du rythme. Pas toujours facile lorsque l'on est issu d'une formation classique...
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Sur sa lancée, Squiban poursuit sa création seul au piano. En 99, il enregistre “Porz Gwenn”. Dix-huit variations pour piano. Un nouvel album, un nouvel hommage à la Bretagne. Télérama, Jazzman, Trad Magazine lui décerne les notes suprêmes. La presse est unanime, c'est de la musique de grande facture, de très grande même.

Au Festival Interceltique de Lorient, le 4 août de la même année, Didier présente sept variations sur des thèmes et reprises des précédents opus. Mais il se prépare également à présenter une nouvelle forme d'interprétation de son œuvre: la “Symphonie Bretagne”. Adaptation symphonique de son répertoire traditionnel breton, cette nouvelle œuvre est le fruit d'une collaboration avec l'Orchestre de Bretagne et l'ensemble vocal Contrepoint. La direction d'orchestre est signée Didier Benetti (qui a entre autres travaillé avec William Sheller, lui aussi fasciné par le classique). Quant à l'orchestration, elle est de... Pierre-Yves Moign, son premier professeur de musique! La symphonie rassemble quatre-vingts musiciens, elle est constituée de trois mouvements découpés chacun en sept pièces. Trois représentations sont immédiatement données en public à Brest, Rennes et Lorient. Le public acclame. La Bretagne a enfin sa symphonie!

En 2001, Squiban clôt sa trilogie avec “Rozbras”. Douze ballades seul au piano, douze moments d'émotion et de pureté. De superbes lignes mélodiques où rigueur flirte avec improvisation. La magie opère une fois encore, le compositeur a magistralement jeté ses notes telles des étoiles sur la voie lactée de la partition. Le public est enthousiaste, les tournées en France, au Canada, en Chine, en Indonésie, au Maroc, en Allemagne ou en Suisse en témoignent parfaitement.

2003 et 2004 sont des années foisonnantes à nouveau. L'album “Ballades” paru en 2003 montre une fois de plus le talent de Didier Squiban au piano. Cet enregistrement propose entre autres de nombreuses compositions très influencées par ses voyages au Moyen-Orient. Le 1er thème de l'album est, en paticulier, très mélodieux et a des airs de musique de film. Sa collaboration avec ses amis continue également. Discrètement mais avec brio, il assure l'orchestration et le piano sur l'album hommage de Manu Lann Huel à Léo Ferré.
L'année 2004 se voit, quant à elle, enfin dotée d'une nouvelle symphonie. Tant attendue après le succès de la “Symphonie Bretagne”, la “Symphonie Iroise” reprend les mêmes concepts : de merveilleux thèmes bretons agrémentés d'une touche jazz et arrangés pour un orchestre symphonique. Le résultat est toujours aussi surprenant. Cette nouvelle œuvre est un tableau orchestral représentant toutes les couleurs de la mer d'Iroise. Réputée comme étant une des mers les plus dangereuses du monde, on retrouve dans la musique de Didier Squiban un côté sombre, tempétueux, dur comme le relief aride de la pointe du Raz. Mais le calme apparaît parfois et l'on devine presque les raies lumineuses venant percer les nuages pour éclairer majestueusement le phare d'Ar-Men.
Avec un très gros contrat de distribution signé avec le Japon, Didier Squiban pérennise sa carrière de vedette internationale. Sans doute l'occasion pour lui de puiser de nouvelles influences pour apporter de subtils métissages à la création bretonne.

T e x t e : H a r d i n s k i .  S o u r c e : d o s s i e r  d e  p r e s s e  -  M e r c i  à  L o z  P r o d u c t i o n .
© - Hardinski
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